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Fiche pratique

Exécution d'une décision du juge civil

Vérifié le 22/07/2026 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

Vous souhaitez savoir comment une décision rendue en matiÚre civile s'exécute ? Nous vous présentons les informations à connaßtre.

L’exĂ©cution d'une dĂ©cision civile peut ĂȘtre exigĂ©e Ă  partir du moment oĂč elle est exĂ©cutoire.

Ce caractĂšre exĂ©cutoire (ou force exĂ©cutoire) est immĂ©diat. Mais, parfois, il faut attendre le moment oĂč la dĂ©cision ne peut plus ĂȘtre contestĂ©e (on dit alors qu'elle passe en force de chose de jugĂ©e).

Le juge a le pouvoir d'accorder des délais supplémentaires pour l'exécution.

Exécution provisoire de droit (immédiate)

Le principe est qu’on peut obtenir l’exĂ©cution d'une dĂ©cision dĂšs lors qu'elle est prononcĂ©e et notifiĂ©e et qu'elle porte mention de la formule exĂ©cutoire. C’est la rĂšgle de l’exĂ©cution provisoire de droit.

Cette rĂšgle concerne l’ensemble des jugements civils rendus en premiĂšre intance (jugement du juge aux affaires familiales, du tribunal de proximitĂ©...). Elle permet de faire exĂ©cuter une dĂ©cision mĂȘme si les dĂ©lais de recours ne sont pas expirĂ©s, et mĂȘme si la partie condamnĂ©e fait un recours.

  À savoir

Le juge peut, dans sa dĂ©cision, Ă©carter totalement ou partiellement l'exĂ©cution provisoire si elle est incompatible avec la nature de l'affaire. Il peut le faire Ă  son initiative ou Ă  la demande d’une partie, en prĂ©cisant les raisons pour lesquelles il dĂ©cide d'Ă©carter l'exĂ©cution provisoire.

Exécution quand la décision est passée en force de chose jugée

Certaines décisions ne bénéficient pas de l'exécution provisoire de droit.

Dans ce cas, la dĂ©cision devient exĂ©cutoire quand elle passe en force de chose jugĂ©e, c’est-Ă -dire aprĂšs l’expiration des dĂ©lais de recours (appel, opposition), et si aucun recours n’est exercĂ©.

Cela concerne les décisions suivantes :

  • DĂ©cisions statuant sur la nationalitĂ©
  • DĂ©cisions concernant la rectification ou l'annulation des actes d'Ă©tat civil
  • DĂ©cisions statuant sur le choix du prĂ©nom lors de la dĂ©claration de naissance
  • DĂ©cisions concernant les demandes de changement de nom ou de prĂ©noms
  • DĂ©cisions concernant les demandes en modification de sexe sur les actes d'Ă©tat civil
  • DĂ©cisions de dĂ©claration d'absence d'une personne
  • DĂ©cisions concernant l'adoption

Pour toutes ces dĂ©cisions, c'est la rĂšgle de l’exĂ©cution provisoire facultative qui s'applique. C’est le juge qui dĂ©cide, Ă  son initiative ou Ă  la demande d’une partie, si la dĂ©cision est exĂ©cutoire immĂ©diatement ou pas.

Le juge doit préciser dans la décision les raisons pour lesquelles il décide d'ordonner l'exécution provisoire.

Exécution reportée par un délai de grùce

Le juge peut accorder un délai supplémentaire pour l'exécution de la décision. C'est ce qu'on appelle un délai de grùce. Il faut attendre l'expiration de ce délai pour pouvoir exiger l'exécution.

Quand le jugement doit ĂȘtre notifiĂ© ou signifiĂ©, le dĂ©lai de grĂące court Ă  compter de la date de notification ou de signification. Dans les autres cas, il court Ă  compter de la date du prononcĂ© du jugement.

Les effets de l'appel sont différents pour les décisions avec exécution provisoire et celles sans exécution provisoire.

  • Avec l'exĂ©cution provisoire (de droit ou ordonnĂ©e par le juge), l'appel n'a pas d'effet suspensif : le dĂ©biteur doit exĂ©cuter la dĂ©cision mĂȘme s'il fait appel.

    Si le débiteur fait appel et n'exécute pas la décision, il risque des sanctions. Le créancier peut notamment demander la radiation de l'appel, c'est-à-dire le retrait du dossier du registre des audiences.

    En cas de radiation de l'appel, le dĂ©biteur a 2 ans pour exĂ©cuter la dĂ©cision (ou consigner les sommes dues) et demander la poursuite de la procĂ©dure. Sinon, la pĂ©remption d'instance peut ĂȘtre constatĂ©e par le juge : le dossier est alors dĂ©finitivement clĂŽturĂ© et un nouvel appel est impossible.

     Attention :

    Si la cour d'appel annule une décision déjà exécutée, il faut rembourser les sommes et/ou restituer les biens gagnés en premiÚre instance.

    En cas d'appel, le débiteur peut demander au premier président de la cour d'appel de suspendre l'exécution provisoire.

    En savoir plus sur la demande de suspension d'exécution provisoire

  • L'appel a un effet suspensif pour les dĂ©cisions sans exĂ©cution provisoire : l'exĂ©cution forcĂ©e est impossible pendant le dĂ©lai d'appel et pendant la procĂ©dure en appel.

    Le créancier qui veut que la décision soit exécutée, malgré l'appel du débiteur, peut demander au premier président de la cour d'appel d'ordonner en référé l'exécution provisoire.

    Celle-ci doit ĂȘtre compatible avec la nature de l'affaire. Elle ne doit pas risquer d'entraĂźner des consĂ©quences manifestement excessives.

     Attention :

    Si l'exécution provisoire a déjà été refusée dans la décision attaquée, le créancier doit en plus démontrer qu'il y a urgence.

Les décisions civiles se prescrivent dans un délai de 10 ans. Passé ce délai, l'exécution forcée n'est plus possible.

Les actes d'exĂ©cution forcĂ©e (saisie bancaire, saisie-vente d'un bien par exemple, ou simple commandement de payer) rĂ©alisĂ©s pendant le dĂ©lai de 10 ans vont interrompre le dĂ©lai prescription. Dans ce cas, un nouveau dĂ©lai de 10 ans commence Ă  courir Ă  compter de cet acte d’exĂ©cution forcĂ©e.

Quand une partie est condamnĂ©e par une dĂ©cision devenue exĂ©cutoire Ă  verser une somme d’argent, un taux d’intĂ©rĂȘt lĂ©gal s’applique Ă  cette somme. C’est une contrainte financiĂšre qui pĂšse sur cette personne pour l’obliger Ă  exĂ©cuter la dĂ©cision le plus rapidement possible. Si la dĂ©cision n’est pas exĂ©cutĂ©e totalement dans les 2 mois Ă  compter du jour oĂč elle est devenue exĂ©cutoire, le taux d’intĂ©rĂȘt lĂ©gal est majorĂ© de 5 %.

Pour une exécution volontaire de la décision, les parties n'ont pas besoin de faire intervenir un commissaire de justice.

Le débiteur (celui qui a perdu) peut exécuter la décision spontanément sans attendre la réclamation du créancier ou d'un commissaire de justice.

Le créancier (celui qui a gagné) peut s'adresser directement au débiteur en vue d'une exécution amiable du jugement.

Les parties peuvent fixer amiablement les conditions d'exécution du jugement (notamment prévoir un délai, un échéancier).

 Ă€ noter

Si les parties sont représentées par des avocats, ils peuvent servir d'intermédiaires.

Si l'exécution amiable échoue, le créancier peut envisager l'exécution forcée de la décision avec un commissaire de justice.

L'exécution forcée nécessite une notification préalable de la décision au débiteur.

Le crĂ©ancier doit ĂȘtre en possession d'une copie exĂ©cutoire de la dĂ©cision et la remettre Ă  un commissaire de justice afin qu'il procĂšde Ă  l'exĂ©cution forcĂ©e.

Notification de la décision

Notification par le greffe ou signification

Dans certaines procédures, le greffe notifie la décision aux parties. C'est le cas, par exemple, en matiÚre prud'homale, en matiÚre de sécurité sociale ou de fixation de pension alimentaire.

La notification par le greffe se fait par lettre recommandée avec demande d'avis de réception (LRAR).

Quand la notification n'est pas effectuée par le greffe ou en cas d'échec de la notification par le greffe (LRAR non distribuée ou non réclamée), les parties doivent procéder par voie de signification.

En savoir plus sur les conséquences de l'absence de notification ou de signification

Exécution sur présentation de la minute

Le juge peut exceptionnellement permettre l'exĂ©cution de la dĂ©cision au seul vu de la minute, si cela est nĂ©cessaire. Cela concerne notamment les ordonnances de rĂ©fĂ©rĂ© ou ordonnances sur requĂȘte.

Dans ce cas, un original de la décision de justice est remis au bénéficiaire et la présentation de l'original à l'adversaire vaut notification.

Délivrance de la copie exécutoire de la décision

La copie exécutoire est une copie certifiée conforme sur laquelle est apposée la formule exécutoire. Sans cette copie, l'exécution forcée est impossible.

Chaque partie peut obtenir la copie exécutoire gratuitement auprÚs du greffe du tribunal qui a rendu la décision.

Il est possible d'obtenir une seconde copie exécutoire pour un motif légitime (par exemple, perte du document, plusieurs débiteurs).

  À savoir

Si la décision est notifiée par le greffe, la copie exécutoire doit mentionner les dates de cette notification.

Intervention du commissaire de justice

L'intervention d'un commissaire de justice est obligatoire.

Il a le monopole de l'exécution forcée des décisions exécutoires.

 Attention :

Faire soi-mĂȘme une exĂ©cution forcĂ©e est interdit et parfois sĂ©vĂšrement sanctionnĂ©. Par exemple, un propriĂ©taire qui expulse lui-mĂȘme un locataire risque jusqu'Ă  3 ans de prison et 30 000 € d'amende.

Le commissaire de justice a une compĂ©tence territoriale dĂ©limitĂ©e pour procĂ©der Ă  une exĂ©cution forcĂ©e. Il faut choisir un commissaire de justice qui exerce dans le ressort de la cour d'appel du domicile du dĂ©biteur. Par exemple, un commissaire de justice de Lille ne peut pas faire une exĂ©cution forcĂ©e auprĂšs d’un dĂ©biteur domiciliĂ© Ă  Marseille.

Le commissaire de justice peut récupérer l'argent que le débiteur doit en faisant saisir et vendre ses biens ou en pratiquant une saisie sur compte bancaire ou une saisie sur salaire.

C'est aussi le commissaire de justice qui procĂšde aux expulsions locatives.

En cas de revenus insuffisants pour payer un commissaire de justice pour signifier et exécuter une décision, il est possible de bénéficier de l'aide juridictionnelle.

Savoir qui paye le commissaire de justice

En cas de difficultĂ©s d'exĂ©cution, Le juge de l'exĂ©cution peut ĂȘtre saisi par le dĂ©biteur ou le crĂ©ancier.

  • Quand le crĂ©ancier a une dĂ©cision favorable et qu’il rencontre des difficultĂ©s pour la faire exĂ©cuter, il peut saisir le juge de l’exĂ©cution.

    C'est le cas lorsque que la personne condamnĂ©e n’exĂ©cute pas la dĂ©cision ou que l’inexĂ©cution cause un prĂ©judice (matĂ©riel, financier...) au crĂ©ancier.

    Il peut alors demander réparation de ce préjudice ou obtenir une astreinte, une mesure conservatoire, une saisie sur rémunération.

  • Le dĂ©biteur peut saisir le juge de l'exĂ©cution s’il conteste la mesure d'exĂ©cution forcĂ©e (par exemple, une saisie sur compte bancaire, une saisie des meubles).

    Le juge de l'exĂ©cution peut suspendre l’exĂ©cution de la dĂ©cision ou accorder un Ă©chelonnement de la dette pendant 2 ans au maximum.

    Il peut également accorder des délais (de 1 mois à 1 an) en cas d'expulsion locative.