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Fiche pratique

Devoirs de réserve, de discrétion, de neutralité et secret professionnels dans la fonction publique

Vérifié le 03/02/2025 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

Un agent public (fonctionnaire ou contractuel) est soumis à diverses obligations dans le cadre de son activité professionnelle : devoirs de réserve et de neutralité, obligation de discrétion professionnelle et, dans certains cas, secret professionnel. Nous vous présentons en quoi consistent ces différentes obligations.

Le devoir de réserve désigne l'obligation faite à tout agent public de faire preuve de réserve et de retenue dans l'expression écrite et orale de ses opinions personnelles.

L'obligation de réserve n'est pas conçue comme une interdiction d'exercer les droits élémentaires du citoyen : liberté d'opinion et liberté d'expression.

Le devoir de réserve ne concerne pas le contenu de vos opinions, mais leur mode d'expression.

L'obligation de réserve s'applique pendant et en dehors du temps de travail.

Le devoir de rĂ©serve est fondĂ© sur la prĂ©occupation d'Ă©viter que le comportement des agents publics porte atteinte, alors mĂȘme qu'ils ne sont pas en service, Ă  l'intĂ©rĂȘt du service et créé des difficultĂ©s au sein de l'administration, dans leurs rapports avec leurs collĂšgues, leurs supĂ©rieurs ou leurs subordonnĂ©s.

Le devoir de réserve s'applique plus ou moins rigoureusement selon les critÚres suivants :

  • Place dans la hiĂ©rarchie (l'expression des hauts fonctionnaires est jugĂ©e par exemple plus sĂ©vĂšrement)
  • Circonstances dans lesquelles vous vous exprimez (un responsable syndical agissant dans le cadre de son mandat bĂ©nĂ©ficie par exemple de plus de libertĂ©)
  • PublicitĂ© donnĂ©e Ă  vos propos (selon, par exemple, que vous vous exprimez sur les rĂ©seaux sociaux, dans un journal national ou local)
  • Formes d'expression (par exemple si vous avez utilisĂ© ou non des termes injurieux ou outranciers).

L'obligation de réserve vous impose aussi d'éviter en toutes circonstances les comportements pouvant porter atteinte à la considération du service public par les usagers.

C'est à l'autorité hiérarchique dont vous dépendez de déterminer si vous avez manqué à votre devoir de réserve.

Le non-respect de l'obligation de rĂ©serve peut justifier qu’une procĂ©dure disciplinaire soit engagĂ©e Ă  votre encontre.

Exemple

Les faits suivants ont été considérés par le juge comme constitutifs de manquements à l'obligation de réserve :

  • Publication, par un fonctionnaire de police investi d'un mandat syndical, dans une revue spĂ©cialisĂ©e, d'articles presque exclusivement consacrĂ©s Ă  une critique violente de la politique suivie en diffĂ©rents domaines par le gouvernement et Ă  la mise en cause en termes injurieux des autoritĂ©s de l'État, comportant des incitations Ă  l'indiscipline collective, de nature Ă  compromettre le bon fonctionnement du service et sans lien avec la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts professionnels, individuels ou collectifs, des adhĂ©rents du syndicat
  • Le fait pour un agent de mettre en cause auprĂšs d'autoritĂ©s extĂ©rieures, sans nĂ©cessitĂ©, la lĂ©galitĂ© d'actes Ă©manant de la collectivitĂ© au sein de laquelle il exerçait ses fonctions, de critiquer la pertinence d'un recrutement opĂ©rĂ© par les autoritĂ©s de cette collectivitĂ© en Ă©mettant des doutes sur les capacitĂ©s de l'agent recrutĂ© Ă  remplir ses fonctions et de faire Ă©tat de ses dissensions avec les autoritĂ©s communales
  • Comportement et propos particuliĂšrement irrespectueux et agressifs Ă  l'Ă©gard de la directrice gĂ©nĂ©rale des services, tenu par une reprĂ©sentante du personnel dans le cadre de l'exercice de son mandat, au cours d'une rĂ©union du comitĂ© technique.

  À savoir

Vous restez soumis au devoir de réserve pendant les périodes d'inactivité dans la fonction publique. Par exemple, pendant les périodes de disponibilité ou de congé non rémunéré ou pendant les périodes de suspension de fonctions.

L'obligation de discrétion professionnelle désigne l'obligation faite à tout agent public de ne pas divulguer les informations concernant l'activité, les missions et le fonctionnement de son administration.

En tant qu'agent public, l'obligation de discrétion concerne les faits, informations ou documents non communicables aux usagers dont vous avez connaissance dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de vos fonctions.

L'obligation est particuliÚrement forte pour certaines catégories d'agents : militaires ou magistrats par exemple.

Cette obligation s'applique à l'égard des usagers mais aussi entre agents publics, à l'égard de vos collÚgues qui n'ont pas, du fait de leurs fonctions, à connaßtre les informations en cause.

Les responsables syndicaux restent soumis Ă  cette obligation.

Le non-respect de l'obligation de discrĂ©tion professionnelle peut justifier qu’une procĂ©dure disciplinaire soit engagĂ©e Ă  votre encontre.

Cette obligation ne peut ĂȘtre levĂ©e que par dĂ©cision de votre autoritĂ© hiĂ©rarchique.

Exemple

Les faits suivants ont été considérés par le juge comme constitutifs de manquement à l'obligation de discrétion professionnelle :

  • Communication d'un fichier de police Ă  des tiers non habilitĂ©s, consultation rĂ©pĂ©tĂ©e de ce fichier Ă  des fins Ă©trangĂšres au service et communication d'informations confidentielles
  • Communication, par un rĂ©fĂ©rent dĂ©ontologue, Ă  la suite d'un signalement d'un potentiel conflit d'intĂ©rĂȘts, Ă  la personne faisant l'objet de ce signalement de l'identitĂ© de son auteur.

L'obligation de secret professionnel impose Ă  l'agent public de ne pas divulguer les informations personnelles concernant des usagers dont il a connaissance dans le cadre de ses fonctions.

L'obligation de secret professionnel concerne les informations portant sur la santĂ©, le comportement, la situation familiale,... des usagers. Elle vise Ă  protĂ©ger les intĂ©rĂȘts matĂ©riels et moraux des particuliers.

Toutefois, le secret professionnel peut ĂȘtre levĂ© si l'usager concernĂ© par l'information l'autorise.

En outre, dans certains cas, la levée du secret professionnel est obligatoire :

  • C'est le cas si elle permet d'assurer la protection des personnes (rĂ©vĂ©lation de maltraitances, par exemple) ou la prĂ©servation de la santĂ© publique (rĂ©vĂ©lation de maladies nĂ©cessitant une surveillance, par exemple).
  • Cela est aussi le cas si la levĂ©e du secret professionnel permet d'assurer la prĂ©servation de l'ordre public (dĂ©nonciation de crimes ou de dĂ©lits) et le bon dĂ©roulement des procĂ©dures de justice (tĂ©moignages en justice, par exemple).
  • Par ailleurs, les administrations doivent rĂ©pondre aux demandes d'information de l'administration fiscale.

Le secret professionnel n'empĂȘche pas la communication de documents au DĂ©fenseur des droits.

Dans tous les cas, la communication d'informations concernant la dĂ©fense nationale, la sĂ»retĂ© de l'État ou la politique extĂ©rieure est interdite.

La rĂ©vĂ©lation de secrets professionnels en dehors des cas autorisĂ©s est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende.

Exemple

Le fait de diffuser auprÚs de ses collÚgues et de sa hiérarchie, au moyen de la messagerie professionnelle, de notes et de rapports contenant des informations à caractÚre fiscal constitue un manquement à l'obligation de secret professionnel.

Les agents publics bénéficient de la liberté de conscience, comme tout citoyen.

Un agent public est libre d'appartenir ou de ne pas appartenir Ă  une religion et d'exercer une pratique religieuse Ă  titre privĂ© en vertu de la libertĂ© d’opinion.

En contrepartie, il doit respecter une obligation de neutralitĂ© en application de laquelle il ne doit pas, dans l’exercice de ses fonctions, avoir les comportements suivants :

  • Manifester ses convictions qu’elles soient religieuses, philosophiques ou politiques, Ă  l’égard des usagers et de ses collĂšgues,
  • Faire prĂ©valoir sa prĂ©fĂ©rence pour une religion.

Ainsi, l’agent public ne doit porter aucun signe religieux destinĂ© Ă  marquer son appartenance Ă  une religion.

Il ne doit pas faire preuve de prosélytisme, c'est-à-dire avoir une attitude ayant pour but de diffuser ses convictions religieuses auprÚs des usagers et de ses collÚgues.

De maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, l’agent public doit traiter toutes les personnes de façon Ă©gale et respecter leur libertĂ© de conscience et leur dignitĂ©.

Exemple

Le fait d’utiliser ses fonctions de guichetier pour remettre aux usagers du service public des imprimĂ©s Ă  caractĂšre religieux a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme constitutif d'un manquement Ă  l'obligation de neutralitĂ©.