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Fiche pratique

Expert judiciaire

Vérifié le 27/03/2026 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

L’expert judiciaire est un technicien spĂ©cialisĂ© dans un domaine particulier. Il est dĂ©signĂ© par un juge pour donner son avis sur des points techniques dont dĂ©pendent la solution d’un litige. Il existe des experts dans toutes les matiĂšres (mĂ©decine, nuisances sonores, accident automobile, bĂątiment). Nous vous prĂ©sentons les informations Ă  connaĂźtre.

L’expert judiciaire ne doit pas ĂȘtre confondu avec l’expert amiable, qui intervient Ă  l’initiative des parties en dehors de toute procĂ©dure judiciaire et ne dispose pas du statut d’auxiliaire de justice.

L’expert judiciaire est une personne physique ou morale inscrite sur les listes Ă©tablies par les cours d’appel et la Cour de cassation.

Il s’agit d’un professionnel qui doit prĂ©senter des compĂ©tences techniques reconnues. Il doit ainsi justifier d’un savoir-faire, d’une formation et d’une expĂ©rience professionnelle suffisante dans la spĂ©cialitĂ© concernĂ©e.

De mĂȘme, il doit Ă©galement justifier de garanties personnelles, Ă  savoir :

  • Aucun fait contraire Ă  l’honneur, Ă  la probitĂ© (honnĂȘtetĂ©/loyautĂ©) ou aux bonnes mƓurs
  • Aucune sanction disciplinaire ou administrative
  • Absence de faillite personnelle ou sanction similaire.

Le choix de l’expert judiciaire revient au juge. Il choisit la personne qu’il estime la plus qualifiĂ©e pour intervenir.

En principe, un seul expert est dĂ©signĂ© afin de limiter les coĂ»ts de la procĂ©dure. Toutefois, le juge peut dĂ©signer plusieurs experts lorsque la complexitĂ© de l’affaire l’exige, notamment si les faits nĂ©cessitent l’intervention de spĂ©cialistes de disciplines diffĂ©rentes. C’est le cas, par exemple, de l’expertise mĂ©dicale, l’analyse d’empreintes gĂ©nĂ©tiques ou du brevet d’invention.

Demande d’expertise

La dĂ©signation d’un expert judiciaire est, en gĂ©nĂ©ral, sollicitĂ©e par les parties elles-mĂȘmes.

L’une des parties va ainsi saisir le juge compĂ©tent par l’intermĂ©diaire de son avocat. Cette demande doit ĂȘtre motivĂ©e et justifiĂ©e. Il est, en effet, obligatoire de dĂ©montrer l’utilitĂ© de la mesure d’expertise, notamment parce qu’elle permet d’apporter au juge des Ă©claircissements techniques indispensables pour trancher le litige.

Le juge ordonne ou refuse cette mesure.

Le juge peut aussi dĂ©cider, de sa propre initiative, de dĂ©signer un expert. Cette mesure est prise lorsqu’il estime que l’expertise est indispensable pour rĂ©unir tous les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires et rendre sa dĂ©cision en toute connaissance de cause.

Décision du juge

Si le juge ordonne la mesure d’expertise, sa dĂ©cision doit contenir :

  • Un exposĂ© des circonstances qui rendent l’expertise nĂ©cessaire
  • Le nom du ou des experts dĂ©signĂ©s
  • La mission de l’expert
  • Le dĂ©lai dans lequel l’expert doit donner son avis.

En principe, le juge fait appel aux experts inscrits sur des listes. À titre exceptionnel, les juridictions peuvent, par dĂ©cision motivĂ©e, choisir des experts ne figurant sur aucune de ces listes.

Chaque année, les cours d'appels établissent, en effet, une liste des experts.

OĂč s’adresser ?

De mĂȘme, la Cour de cassation Ă©tablit une liste nationale d'experts par spĂ©cialitĂ©.

OĂč s’adresser ?

La mission fondamentale de l’expert judiciaire consiste à fournir des informations techniques que le juge ne possùde pas, pour l’aider à trancher le litige.

En pratique, l’expert judiciaire est chargĂ© de :

  • DĂ©terminer le caractĂšre plausible (fondĂ©e) d’une allĂ©gation (affirmation) technique ou scientifique soulevĂ©e par une partie au procĂšs
  • Donner son avis sur le coĂ»t d’une opĂ©ration, d’un dommage ou d’une rĂ©paration
  • Fournir un avis objectif et impartial sur une question de fait technique, scientifique, Ă©conomique, comptable, mĂ©dicale, etc., selon la spĂ©cialitĂ© requise par le litige.

En revanche, il lui est interdit de donner des appréciations juridiques.

  À savoir

L’expert judiciaire rend un avis technique destinĂ© Ă  Ă©clairer le juge. Cet avis n’a toutefois qu’une valeur consultative : le juge reste libre de suivre ou non cet avis pour trancher le litige.

L’expert judiciaire peut Ă©galement se voir confier une mission de conciliation des parties. Dans ce cas, il devra accompagner les parties Ă  trouver une solution amiable Ă  leur litige.

Il va ainsi Ă©couter les arguments de chaque partie de maniĂšre impartiale, favoriser le dialogue et rechercher un terrain d’entente.

L’expert judiciaire doit respecter plusieurs obligations essentielles dans l’exercice de sa mission, à savoir :

  • Respect du principe du contradictoire : toutes les parties doivent ĂȘtre informĂ©es des opĂ©rations d’expertise et pouvoir y participer. L’expert doit communiquer aux parties tous les documents sur lesquels il va fonder son rapport, afin que chacun puisse en prendre connaissance et prĂ©senter ses observations.
  • IndĂ©pendance et impartialité : l’expert doit agir en toute objectivitĂ© et ne favoriser aucune partie. Il doit refuser toute mission s’il existe un conflit d’intĂ©rĂȘts et le dĂ©clarer immĂ©diatement au juge.
  • Conscience et probité : l’expert doit accomplir sa mission avec rigueur, honnĂȘtetĂ© et neutralitĂ©, en fournissant un avis technique sincĂšre et circonstanciĂ©.
  • Secret professionnel : l’expert est tenu Ă  la confidentialitĂ© concernant les informations dont il a connaissance dans le cadre de sa mission.

La rĂ©munĂ©ration de l’expert judiciaire est fixĂ©e par le juge Ă  la fin de sa mission.

Elle tient compte de plusieurs critÚres, notamment :

  • Les diligences accomplies
  • Le respect du dĂ©lai imparti pour rĂ©aliser la mission
  • Et la qualitĂ© du travail fourni.

Le juge n’est pas liĂ© par le montant demandĂ© par l’expert ni par les observations des parties. Il dĂ©cide de maniĂšre indĂ©pendante sur la base des Ă©lĂ©ments du dossier et des observations Ă©crites Ă©ventuellement formulĂ©es par les parties.

 Ă€ noter

La rémunération des experts est incluse dans le coût du procÚs, elle fait partie des dépens.

Pendant la mission, une provision Ă  valoir sur la rĂ©munĂ©ration est en gĂ©nĂ©ral versĂ©e par la ou les parties dĂ©signĂ©es par le juge. En pratique, l’ordonnance de dĂ©signation de l’expert judiciaire fixe le montant de la 1Ăšre provision et prĂ©cise la partie qui doit en assurer le rĂšglement. Dans la majoritĂ© des cas, cette charge incombe Ă  la partie ayant sollicitĂ© la mesure d’expertise, qui assume ainsi le paiement initial.

À l’issue de l’expertise judiciaire, le juge ordonne soit le versement de sommes complĂ©mentaires, soit la restitution des sommes consignĂ©es en excĂ©dent (en trop). Il prĂ©cise Ă©galement la ou les parties qui en ont la charge. Ce coĂ»t est, en principe, mis Ă  la charge de la partie qui a perdu le procĂšs.

  À savoir

La rĂ©munĂ©ration de l’expert judiciaire peut ĂȘtre couvert par l'aide juridictionnelle si la partie perdante remplit les conditions pour en bĂ©nĂ©ficier.

Une fois l’expertise ordonnĂ©e, un juge est chargĂ© du contrĂŽle des expertises. Son rĂŽle est de superviser la mission confiĂ©e Ă  l’expert judiciaire afin de garantir son bon dĂ©roulement, la protection des droits des parties et la conformitĂ© des opĂ©rations d’expertise Ă  la mission dĂ©finie par la juridiction.

L’expert doit ainsi tenir le juge informĂ© de l’avancement de ses opĂ©rations et des diligences accomplies. Il l’informe Ă©galement des difficultĂ©s qu’il rencontre dans l’accomplissement de sa mission. De mĂȘme, si la mission doit ĂȘtre prolongĂ©e, l’expert judiciaire doit en faire la demande afin que le juge puisse autoriser un dĂ©lai supplĂ©mentaire.

Les parties peuvent Ă©galement saisir le juge chargĂ© du contrĂŽle des expertises en cas de problĂšme (retard, manquement de l’expert Ă  sa mission, absence de rĂ©ponse etc.).

Le respect des rĂšgles dĂ©ontologiques de l’expert judiciaire fait Ă©galement l’objet d’un contrĂŽle spĂ©cifique par les autoritĂ©s suivantes :

  • Premier prĂ©sident et procureur gĂ©nĂ©ral de la cour d'appel, pour les experts inscrits sur les listes des cours d'appel
  • Premier prĂ©sident et procureur gĂ©nĂ©ral prĂšs de la Cour de cassation, pour les experts inscrits sur la liste nationale.

Ce contrĂŽle porte notamment sur la probitĂ©, l’honneur et l’indĂ©pendance de l’expert. Il peut ĂȘtre engagĂ©, par exemple, en cas de manquement grave tel qu’un rapport volontairement altĂ©rĂ© (faussĂ©) ou une atteinte aux principes d’impartialitĂ©.

Oui, il est possible d’engager la responsabilitĂ© d’un expert judiciaire. Sa responsabilitĂ© peut ĂȘtre engagĂ©e sur le plan civil, pĂ©nal ou disciplinaire.

Responsabilité civile

En matiĂšre civile, pour engager la responsabilitĂ© de l’expert judiciaire, 3 conditions cumulatives doivent ĂȘtre rĂ©unies, Ă  savoir :

  • Une faute : il s’agit d’une erreur ou nĂ©gligence qu’un expert normalement avisĂ©, consciencieux et attentif n’aurait pas commise. La faute est souvent technique (erreur dans l’analyse, omission, manque de diligence, etc.), ou encore procĂ©durale (mĂ©connaissance du principe de la contradiction, non-respect de l’impartialitĂ©, etc.)
  • Un prĂ©judice : dommage financier, matĂ©riel ou moral
  • Un lien de causalité : la faute de l’expert doit avoir un lien direct avec le prĂ©judice subi.

Responsabilité pénale

L’expert judiciaire peut Ă©galement voir sa responsabilitĂ© engagĂ©e sur le plan pĂ©nal en cas de commission d’une infraction (corruption, faux, violation du secret professionnel etc.).

Responsabilité disciplinaire

Enfin, l’expert judiciaire peut voir sa responsabilitĂ© engagĂ©e sur le plan disciplinaire en cas de manquement Ă  ses obligations dĂ©ontologiques.

Il n’existe pas de titre officiel d’« expert judiciaire ». En pratique, un juge peut dĂ©signer toute personne physique ou morale disposant des compĂ©tences nĂ©cessaires pour rĂ©pondre Ă  une question technique dont dĂ©pend la rĂ©solution d’un litige.

Cependant, pour aider les juges dans la recherche des techniciens, des listes d’experts classĂ©es par spĂ©cialitĂ© ont Ă©tĂ© instituĂ©es. Les juridictions y trouvent les spĂ©cialistes qui pourront les assister dans les dossiers qu’elles doivent juger.

L’inscription sur ces listes est soumise Ă  plusieurs conditions, notamment de compĂ©tence professionnelle, d’expĂ©rience, de moralitĂ© et d’indĂ©pendance.

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