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Fiche pratique

Recours des personnes expropriées

Vérifié le 28/11/2025 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

Une personne expropriĂ©e dispose de plusieurs voies de recours pour contester les diffĂ©rentes Ă©tapes de la procĂ©dure : la dĂ©claration d’utilitĂ© publique, l’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© et l’ordonnance d’expropriation. Chaque recours rĂ©pond Ă  des rĂšgles, des dĂ©lais et des conditions propres. Nous vous prĂ©sentons les informations Ă  connaĂźtre.

La dĂ©claration d’utilitĂ© publique peut ĂȘtre contestĂ©e au moyen d’un recours pour excĂšs de pouvoir ou par l’application du droit au dĂ©laissement.

Recours pour excĂšs de pouvoir

La dĂ©claration d’utilitĂ© publique (DUP) peut ĂȘtre contestĂ©e devant le juge administratif au moyen d’un recours pour excĂšs de pouvoir (REP). Cette procĂ©dure permet d’obtenir l’annulation d’un acte administratif jugĂ© illĂ©gal.

Quel est le juge compétent ?

Si la DUP est prise par dĂ©cret, le Conseil d’État est compĂ©tent pour juger directement le recours.

Si la DUP est prise par arrĂȘtĂ©, le tribunal administratif du lieu de situation du bien concernĂ© par la mesure d’expropriation est compĂ©tent. Les dĂ©cisions des tribunaux administratifs peuvent faire l’objet d’un appel devant les cours administratives d’appel. Les arrĂȘts de ces cours peuvent ensuite ĂȘtre contestĂ©s par un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État.

Qui peut contester la DUP ?

Toute personne qui a un intĂ©rĂȘt personnel, direct et certain Ă  contester la DUP peut agir en justice.

En pratique, il s’agit principalement :

  • Des propriĂ©taires dont les biens sont menacĂ©s d’expropriation
  • Des locataires
  • Et des ayants droit sur les biens concernĂ©s par l’expropriation.

  À savoir

Un contribuable peut Ă©galement permettre d’agir contre une DUP lorsque le projet (communal, dĂ©partemental ou rĂ©gional) entrainera une augmentation des dĂ©penses de la collectivitĂ© et, par consĂ©quent, du niveau d’imposition.

Quels sont les motifs de contestation de la DUP ?

La dĂ©claration d’utilitĂ© publique, en tant qu’acte administratif, doit respecter des rĂšgles de compĂ©tence, de forme et de fond. Les motifs de contestation de cet acte se rĂ©partissent en 2 catĂ©gories : les illĂ©galitĂ©s externes et les illĂ©galitĂ©s internes.

Les illĂ©galitĂ©s externes sont liĂ©es au fait que l'auteur de l'acte n'ait pas la compĂ©tence requise ainsi qu’à l’irrespect des rĂšgles de forme et de procĂ©dure. La DUP peut ĂȘtre annulĂ©e, par exemple, si :

  • Elle n’a pas Ă©tĂ© prise par l’autoritĂ© compĂ©tente prĂ©vue par la loi
  • Le dossier d’enquĂȘte est incomplet ou une mention obligatoire a Ă©tĂ© oubliĂ©e (vice de forme)
  • L’enquĂȘte publique a Ă©tĂ© mise en Ɠuvre de façon irrĂ©guliĂšre en raison de l’absence d’une consultation obligatoire (vice de procĂ©dure).

Les illĂ©galitĂ©s internes concernent le but et les motifs de la DUP. Par exemple, la DUP peut ĂȘtre annulĂ©e si :

  • Elle sert un intĂ©rĂȘt privĂ© au lieu d’un intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (dĂ©tournement de pouvoir)
  • Elle viole des rĂšgles ou des documents supĂ©rieurs (par exemple le PLU)
  • L’opĂ©ration n’a pas d’utilitĂ© publique ou si son utilitĂ© est jugĂ©e insuffisante.
Quel est le délai pour saisir le juge ?

Le recours doit ĂȘtre formĂ© dans les 2 mois suivant la publication de la DUP.

Le point de dĂ©part de ce dĂ©lai dĂ©pend de l’autoritĂ© qui a pris la dĂ©cision :

  • Si la DUP est prise par dĂ©cret, le dĂ©lai de 2 mois commence Ă  courir Ă  partir de la publication au Journal officiel
  • Si la DUP est prise par arrĂȘtĂ©, le dĂ©lai de 2 mois commence Ă  courir Ă  partir de l’affichage en mairie de l’acte.
Quels sont les effets de l’annulation d’une DUP ?

Si la dĂ©claration d’utilitĂ© publique (DUP) est annulĂ©e avant que le juge de l’expropriation ait rendu son ordonnance, celui-ci ne peut pas prononcer le transfert de propriĂ©tĂ©. Dans ce cas, le bĂ©nĂ©ficiaire de l’expropriation ne peut pas prendre possession du bien.

Droit de délaissement

Le droit de dĂ©laissement permet au propriĂ©taire dont le bien se trouve dans le pĂ©rimĂštre d’une dĂ©claration d’utilitĂ© publique (DUP) de demander Ă  l’expropriant d’acheter son terrain.

L’exercice de ce droit s’analyse comme un recours indirect ouvert au propriĂ©taire contre les effets de la DUP : en lui permettant, aprĂšs l’écoulement d’un dĂ©lai d’1 an Ă  partir de sa publication, de mettre en demeure l’expropriant d’acquĂ©rir le bien, ce mĂ©canisme offre un moyen de rĂ©agir Ă  l’atteinte portĂ©e Ă  la propriĂ©tĂ© et de provoquer une dĂ©cision sur le devenir du bien. Le propriĂ©taire obtient ainsi une rĂ©ponse claire sur le devenir de son bien et n’est plus maintenu dans une situation d’incertitude liĂ©e au projet d’expropriation.

Pour exercer son droit au dĂ©laissement, le propriĂ©taire doit adresser une mise en demeure Ă  l’expropriant. Cette dĂ©marche se fait par lettre recommandĂ©e avec accusĂ© de rĂ©ception. Un copie doit ĂȘtre transmise au prĂ©fet pour information.

À compter de la rĂ©ception de ce courrier, l’expropriant dispose d’un dĂ©lai de 2 ans pour se prononcer. Ce dĂ©lai peut ĂȘtre prolongĂ© d’1 an.

L’expropriant peut :

  • AcquĂ©rir le bien Ă  l’amiable, en nĂ©gociant directement avec le propriĂ©taire
  • Poursuivre la procĂ©dure d’expropriation, en respectant le cadre fixĂ© par la DUP
  • Abandonner la procĂ©dure d’expropriation. En effet, la DUP autorise l’administration Ă  engager une procĂ©dure d’expropriation, mais elle ne l’y oblige pas. L’expropriant peut donc dĂ©cider d’y renoncer.

L’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© peut ĂȘtre contestĂ© devant au moyen d’un recours pour excĂšs de pouvoir (REP).

Quel est le juge compétent ?

En principe, c’est le tribunal administratif du lieu oĂč se situe le bien concernĂ© par l’expropriation qui est compĂ©tent.

OĂč s’adresser ?

Toutefois, si le propriĂ©taire s’appuie sur l’illĂ©galitĂ© d’une dĂ©claration d’utilitĂ© publique (DUP) prise par dĂ©cret pour contester l’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ©, c’est le Conseil d’État qui examine le recours.

Qui peut contester l’arrĂȘtĂ© de cessibilité ?

L’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© peut ĂȘtre contestĂ© par toute personne directement concernĂ©e par la procĂ©dure d’expropriation. Il s’agit principalement :

  • des propriĂ©taires des biens inscrits dans l’arrĂȘtĂ©, qu’ils soient personnes physiques ou morales
  • des locataires ou occupants titulaires d’un droit sur le bien (par exemple un usufruitier).

Quels sont les motifs de contestation de l’arrĂȘtĂ© de cessibilité ?

L’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© peut ĂȘtre annulĂ© si certaines irrĂ©gularitĂ©s sont constatĂ©es. Il s’agit :

  • De vices de forme : c’est le cas d’un arrĂȘtĂ© mal motivĂ©, incomplet ou Ă©tabli par une personne qui n’avait pas la compĂ©tence requise
  • De vices de procĂ©dure : c’est le cas, par exemple, si l’enquĂȘte parcellaire n’a pas Ă©tĂ© menĂ©e correctement, si les propriĂ©taires n’ont pas Ă©tĂ© informĂ©s, ou si certaines Ă©tapes obligatoires n’ont pas Ă©tĂ© respectĂ©es.
  • De vice de fond : c’est le cas lorsque l’arrĂȘtĂ© dĂ©passe ce que la dĂ©claration d’utilitĂ© publique (DUP) a autorisĂ©. Par exemple, si l’arrĂȘtĂ© vise des parcelles qui ne sont pas nĂ©cessaires au projet tel qu’il a Ă©tĂ© validĂ© dans la DUP.

  À savoir

L’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© dĂ©pend directement de la DUP. Il est ainsi possible de demander l’annulation de l’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© en soutenant que la DUP elle-mĂȘme est illĂ©gale, mĂȘme si cette DUP est ancienne ou dĂ©jĂ  devenue dĂ©finitive.

Quel est le délai pour saisir le juge ?

Les propriĂ©taires doivent saisir le juge dans un dĂ©lai de 2 mois Ă  partir de la notification qui leur a Ă©tĂ© faite de l'arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ©.

Quels sont les effets de l’annulation de l’arrĂȘtĂ© de cessibilité ?

Si l’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© est annulĂ©, le juge ne peut pas prononcer l’ordonnance d’expropriation. Il n’y a donc pas de transfert de propriĂ©tĂ©, ni de prise de possession du bien par le bĂ©nĂ©ficiaire de l’expropriation.

La procĂ©dure d’expropriation est ainsi arrĂȘtĂ©e tant qu’une dĂ©cision conforme n’a pas Ă©tĂ© adoptĂ©e.

L’ordonnance d’expropriation est l’acte par lequel le juge de l’expropriation transfĂšre la propriĂ©tĂ© d’un bien immobilier ou d’un droit rĂ©el Ă  une autoritĂ© publique expropriante. La contestation de cette dĂ©cision se fait au moyen d’un pourvoi en cassation. Ce recours doit se fonder sur l’incompĂ©tence, l’excĂšs de pouvoir ou le vice de forme.

Quel est le délai pour saisir le juge ?

La cour de cassation doit ĂȘtre saisie dans le dĂ©lai de 2 mois francs Ă  compter de la notification de l’ordonnance d’expropriation. La notification doit ĂȘtre faite par signification d’un commissaire de justice.

Le pourvoi se prĂ©sente sous la forme d’une dĂ©claration Ă©crite adressĂ©e au greffe de la cour de cassation.

OĂč s’adresser ?

Un avocat aux conseils est obligatoire pour cette procédure.

Qui peut agir contre l’ordonnance d’expropriation ?

Toute personne concernĂ©e par l’ordonnance d’expropriation rendue peut engager un recours.

En pratique, il s’agit notamment :

  • Des propriĂ©taires mentionnĂ©s dans l’ordonnance comme propriĂ©taires des biens expropriĂ©s
  • Des personnes qui auraient dĂ» ĂȘtre dĂ©signĂ©es comme vĂ©ritables propriĂ©taires et qui se sont fait connaĂźtre Ă  temps auprĂšs de l’administration
  • Des copropriĂ©taires titulaires de droits rĂ©els sur les parties communes expropriĂ©es dans un immeuble en copropriĂ©tĂ©
  • Des individisaires d’un bien expropriĂ©
  • Des titulaires d’un droit rĂ©el peuvent agir si l’expropriation porte uniquement sur ce droit
  • De l’expropriant s’il estime que la dĂ©cision ne lui donne pas satisfaction (par exemple lorsque le juge a refusĂ© l’expropriation).

Quels sont les motifs de contestation d’une ordonnance d’expropriation ?

L’ordonnance d’expropriation peut uniquement ĂȘtre attaquĂ©e pour incompĂ©tence, excĂšs de pouvoir ou vice de forme.

Il y a incompĂ©tence lorsque la dĂ©cision a Ă©tĂ© rendue par une juridiction qui n’avait pas le pouvoir lĂ©gal de le faire. C’est le cas, par exemple, lorsque l’ordonnance d’expropriation a Ă©tĂ© prononcĂ©e par un juge ordinaire (et non le juge de l’expropriation) ou par un juge de l'expropriation qui n'Ă©tait pas territorialement compĂ©tent.

Le vice de forme concerne le non-respect des formalitĂ©s obligatoires. Il s’agit, par exemple, de :

  • L’absence de notification Ă  tous les propriĂ©taires intĂ©ressĂ©s du dĂ©pĂŽt du dossier d’enquĂȘte parcellaire
  • La notification Ă  une adresse diffĂ©rente de celle figurant dans l’état parcellaire annexĂ©
  • La notification tardive qui a empĂȘchĂ© l’expropriĂ© de faire valoir ses observations.

Enfin, l’excĂšs de pouvoir vise des irrĂ©gularitĂ©s particuliĂšrement grave commises par le juge de l'expropriation. C’est le cas, par exemple, de :

  • L’ignorance d’un copropriĂ©taire tout au long de la procĂ©dure
  • L’absence de mention de l’identitĂ© des copropriĂ©taires de la parcelle expropriĂ©e dans l’ordonnance d’expropriation
  • Le prononcĂ© du transfert de propriĂ©tĂ© alors que la dĂ©claration d’utilitĂ© publique ou l’arrĂȘtĂ© de cessibilitĂ© sont caducs.

Quels sont les effets du recours en cassation ?

La cassation de l’ordonnance d’expropriation entraĂźne sa nullitĂ© et, en principe, la restitution des biens Ă  leurs anciens propriĂ©taires.

Il existe nĂ©anmoins 2 exceptions pour lesquelles la restitution n’est pas possible :

  • S’il existe dĂ©jĂ  un ouvrage public sur le bien expropriĂ©
  • Si le bien a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© revendu, l’ancien propriĂ©taire ne peut pas le rĂ©cupĂ©rer, mais peut obtenir une indemnitĂ© auprĂšs de l’expropriant.

 Attention :

L’annulation de l’ordonnance ne bĂ©nĂ©ficie qu’au propriĂ©taire qui a formĂ© le pourvoi. Les autres personnes concernĂ©es, si elles n’ont pas intentĂ© de recours, ne peuvent pas en profiter.

En cas de dĂ©saccord sur l’indemnisation Ă  laquelle les personnes expropriĂ©es ont droit, c’est le juge de l’expropriation qui fixe le montant de l’indemnitĂ©.

Les personnes concernĂ©es par cette dĂ©cision (expropriĂ©, expropriant ou commissaire du gouvernement) ont la possibilitĂ© de la contester devant la cour d’appel.

OĂč s’adresser ?

Ce recours permet de demander une nouvelle évaluation des indemnités lorsque la décision de premiÚre instance ne paraßt pas satisfaisante ou proportionnée.

L'appel doit ĂȘtre formĂ© dans un dĂ©lai d'1 mois Ă  compter de la notification du jugement par voie de signification. Cette dĂ©claration peut ĂȘtre dĂ©posĂ©e directement au greffe ou envoyĂ©e par lettre recommandĂ©e avec accusĂ© de rĂ©ception.