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Fiche pratique

Indemnisation des personnes expropriées

Vérifié le 28/11/2025 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

Lorsqu’un bien est expropriĂ© pour cause d’utilitĂ© publique, son propriĂ©taire a droit Ă  une indemnisation juste et prĂ©alable. Cette indemnitĂ© vise Ă  compenser la perte du bien et Ă  rĂ©parer l’ensemble des prĂ©judices causĂ©s par l’expropriation. Selon les situations, des indemnitĂ©s accessoires peuvent Ă©galement ĂȘtre accordĂ©es. Nous vous prĂ©sentons les informations Ă  connaĂźtre.

Lorsqu’un bien est expropriĂ©, le propriĂ©taire peut demander une indemnisation pour compenser l’intĂ©gralitĂ© des prĂ©judices subis.

Cependant, tous les dommages ne donnent pas droit Ă  une indemnisation. Pour ĂȘtre indemnisĂ©, le dommage doit remplir plusieurs conditions cumulatives. Il doit :

  • Concerner un intĂ©rĂȘt juridiquement protĂ©gĂ©. Cela signifie que l’expropriation ne donne droit Ă  une indemnitĂ© que si la personne concernĂ©e subit un dommage liĂ© Ă  un droit reconnu et protĂ©gĂ© par la loi. Le propriĂ©taire ne peut donc pas ĂȘtre indemnisĂ© pour des situations irrĂ©guliĂšres ou prĂ©caires. Par exemple, si le logement expropriĂ© Ă©tait insalubre ou non conforme aux normes de dĂ©cence, la perte des loyers perçus illĂ©galement n’est pas indemnisable. De mĂȘme, si une maison a Ă©tĂ© Ă©difiĂ©e sans permis de construire, la perte de cette construction irrĂ©guliĂšre n’est pas indemnisable.
  • Être direct, c’est-Ă -dire qu’il doit ĂȘtre la consĂ©quence directe de l’expropriation. Il doit ainsi exister un lien de causalitĂ© entre l’expropriation et le dommage subi.
  • Être matĂ©riel. L’indemnisation couvre uniquement les atteintes patrimoniales (perte de biens, de revenus, frais de relogement, etc.) et non les prĂ©judices moraux (affectif, sentimental, psychologique).
  • Et ĂȘtre certain, c’est-Ă -dire que le prĂ©judice doit ĂȘtre rĂ©el et chiffrable au moment de l’évaluation. Un prĂ©judice futur peut ĂȘtre indemnisĂ© s’il est certain dans sa rĂ©alisation et ĂȘtre Ă©valuĂ© immĂ©diatement (par exemple la perte prĂ©visible d’un revenu locatif rĂ©gulier). En revanche, les prĂ©judices hypothĂ©tiques ou Ă©ventuels ne peuvent pas donner lieu Ă  rĂ©paration.

Le propriĂ©taire expropriĂ© reçoit une indemnitĂ© principale qui correspond Ă  la valeur vĂ©nale de son bien. Cette somme doit permettre de replacer l’expropriĂ© dans une situation Ă©quivalente Ă  celle qu’il occupait avant l’expropriation.

Le montant de cette indemnitĂ© principale va ĂȘtre fixĂ©e en prenant en compte la consistance du bien et l’évaluation de sa valeur vĂ©nale.

Détermination de la consistance des biens

Avant de fixer le montant de l’indemnitĂ©, il faut d’abord dĂ©terminer la consistance du bien expropriĂ©. Cela signifie que l’indemnitĂ© principale va tenir compte de la composition matĂ©rielle du bien et des droits qui y sont attachĂ©s.

Tous les Ă©lĂ©ments matĂ©riels du bien doivent ainsi ĂȘtre pris en considĂ©ration, Ă  savoir :

  • Le sol et le sous-sol d'un terrain
  • La construction elle-mĂȘme, ses accessoires (clĂŽture, jardin, dĂ©pendances, cave etc.), la qualitĂ© des matĂ©riaux et des Ă©quipements, ou encore l’état de vĂ©tustĂ© pour les immeubles bĂątis.

Les droits attachĂ©s au bien expropriĂ© sont Ă©galement inclus. Il s’agit notamment des baux (habitation, commercial ou rural) et des servitudes (lĂ©gales ou conventionnelles).

Évaluation des biens

L’indemnitĂ© principale d’expropriation doit correspondre Ă  la valeur vĂ©nale du bien expropriĂ©, c’est-Ă -dire au prix auquel il aurait pu ĂȘtre vendu sur le marchĂ© immobilier dans des conditions normales.

Pour aider les personnes expropriĂ©es Ă  apprĂ©cier cette valeur, un service en ligne permet d’accĂ©der aux informations relatives aux ventes de biens immobiliers comparables (type de bien et superficie similaire).

Il est accessible depuis l’espace particulier du site impots.gouv.fr :

Service en ligne
ImpÎts : accéder à votre espace Finances publiques

AccĂ©der au service en ligne  

MinistÚre chargé des finances

Ce service fournit des donnĂ©es sur les ventes intervenues dans le mĂȘme secteur gĂ©ographique et sur une pĂ©riode donnĂ©e.

Les informations communiquées concernent notamment :

  • La localisation du bien (adresse, commune/dĂ©partement, rĂ©fĂ©rences cadastrales)
  • Ses principales caractĂ©ristiques (annĂ©e de construction, superficie, type de bien, nombre de piĂšces, Ă©tage, prĂ©sence d’un ascenseur, matĂ©riaux de construction, etc.)
  • La date et le prix de vente (modalitĂ©s de calcul prix/surface et prix/nombre de dĂ©pendances)

Ces Ă©lĂ©ments permettent de comparer le bien expropriĂ© Ă  des biens similaires et de dĂ©terminer une estimation rĂ©aliste de sa valeur. Seules les transactions intervenues au cours des 9 derniĂšres annĂ©es peuvent ĂȘtre consultĂ©es.

Évaluation des bĂątiments expropriĂ©s

En l’absence d’accord entre l’expropriant et l’expropriĂ© sur la valeur du bien, le juge de l’expropriation fixe le montant de l’indemnitĂ© principale.

Le juge de l’expropriation choisit alors librement la mĂ©thode d’évaluation la plus adaptĂ©e Ă  la situation. En effet, plusieurs mĂ©thodes d’évaluation peuvent ĂȘtre utilisĂ©es selon la nature du bien et les circonstances :

  • L’évaluation par comparaison. C’est la mĂ©thode la plus couramment utilisĂ©e. Elle consiste Ă  comparer le bien expropriĂ© Ă  d’autres biens prĂ©sentant des caractĂ©ristiques proches rĂ©cemment vendus dans des zones gĂ©ographiques similaires. Cette approche permet de dĂ©terminer une valeur moyenne reprĂ©sentative du marchĂ© immobilier local.
  • L’évaluation par le revenu. Cette mĂ©thode est utilisĂ©e principalement pour les immeubles louĂ©s. Elle consiste Ă  estimer la valeur vĂ©nale du bien Ă  partir des revenus qu’il rapporte, c’est-Ă -dire les loyers perçus chaque annĂ©e. Le juge applique ensuite un coefficient de capitalisation pour transformer ce revenu annuel en valeur de vente.
  • L’évaluation par le coĂ»t de reconstitution. Elle est rĂ©servĂ©e Ă  des biens particuliers, principalement des immeubles classĂ©s. La valeur est alors estimĂ©e d’aprĂšs le coĂ»t nĂ©cessaire pour reconstituer le bien Ă  l’identique, en tenant compte de son Ă©tat et de sa durabilitĂ©.
  • L’évaluation de rĂ©cupĂ©ration fonciĂšre. Cette mĂ©thode s’applique lorsque la valeur du terrain est nettement supĂ©rieure Ă  celle des constructions qu’il supporte. Les bĂątiments sont alors considĂ©rĂ©s comme devant ĂȘtre dĂ©molis, et seule la valeur du terrain nu est retenue, diminuĂ©e du coĂ»t estimĂ© de la dĂ©molition. Elle est utilisĂ©e notamment pour les immeubles vĂ©tustes, insalubres ou vouĂ©s Ă  la destruction, mais ne peut pas s’appliquer Ă  des constructions en bon Ă©tat.
  • L’évaluation du bilan promoteur ou du compte Ă  rebours. Cette mĂ©thode consiste Ă  partir du prix de vente final d’une opĂ©ration immobiliĂšre (construction, rĂ©habilitation ou amĂ©nagement) et Ă  en dĂ©duire l’ensemble des coĂ»ts liĂ©s Ă  l’opĂ©ration, notamment le coĂ»t des travaux. Elle permet d’estimer la valeur d’un terrain constructible en fonction de son potentiel de construction. Toutefois, en raison de son caractĂšre incertain et des nombreuses hypothĂšses Ă  prendre en compte, cette mĂ©thode est rarement retenue.

  À savoir

La personne expropriĂ©e peut prĂ©senter au juge la mĂ©thode d’évaluation qu’elle souhaite voir retenue. Elle a Ă©galement le droit de contester les rĂ©ductions ou abattements proposĂ©s par l’expropriant ou le commissaire du gouvernement, en fonction de la situation de son bien.

L’immeuble doit toujours ĂȘtre Ă©valuĂ© selon son Ă©tat rĂ©el et les conditions du marchĂ©. L’estimation ne peut donc pas se fonder sur des constructions neuves. Elle ne peut pas non plus se fonder sur les prix affichĂ©s dans les agences ou sur les promesses de vente, qui constituent seulement des indications.

Évaluation des fonds de commerce

L’expropriation ne peut concerner que des biens immobiliers (terrains, bĂątiments etc) ou des droits rĂ©els immobiliers. Un fonds de commerce, qui est un bien mobilier immatĂ©riel (comme la clientĂšle ou le nom commercial), ne peut donc pas ĂȘtre expropriĂ© directement. En pratique, c’est l’immeuble oĂč se trouve le commerce qui peut ĂȘtre expropriĂ©. Le fait d’ĂȘtre expropriĂ© entraĂźne alors la perte de l’activitĂ© commerciale.

Dans ce cas, l’expropriant doit verser une indemnitĂ© d’éviction :

  • au propriĂ©taire lorsqu’il exploite lui-mĂȘme son fonds de commerce
  • au locataire titulaire d’un bail commercial, lorsqu’il exerce son activitĂ© dans le local expropriĂ©.

En cas de dĂ©saccord sur le montant de l’indemnitĂ©, il reviendra au juge de l’expropriation de fixer sa valeur.

  À savoir

La perte de clientÚle ou la cessation d'activité ne peuvent donner lieu à indemnisation que si elles sont la conséquence de l'expropriation.

Le juge de l’expropriation dĂ©termine librement les critĂšres nĂ©cessaires Ă  l’évaluation du fonds de commerce. Le plus souvent, il utilisera une mĂ©thode comparative qui consiste Ă  Ă©valuer le commerce expropriĂ© avec d’autres commerces similaires rĂ©cemment vendus ou estimĂ©s dans le mĂȘme secteur d’activitĂ© et la mĂȘme zone gĂ©ographique. Cette mĂ©thode repose sur les donnĂ©es du marchĂ© et les barĂšmes de rĂ©fĂ©rence Ă©tablis pour chaque type de commerce (par exemple, cafĂ©s, boulangeries, pharmacies, salons de coiffure, etc.).

En pratique, cela consiste Ă  appliquer un coefficient de valorisation Ă  l’un ou plusieurs des indicateurs Ă©conomiques du commerce :

  • la recette moyenne journaliĂšre,
  • le bĂ©nĂ©fice annuel moyen calculĂ© sur les 3 derniĂšres annĂ©es,
  • ou le chiffre d’affaires annuel moyen calculĂ© sur les 3 derniĂšres annĂ©es, toutes taxes comprises.

Le coefficient retenu traduit la rentabilitĂ© du fonds de commerce : plus l’activitĂ© est stable, rĂ©putĂ©e et bien situĂ©e, plus la valeur estimĂ©e sera Ă©levĂ©e.

Cette mĂ©thode permet ainsi de fixer une valeur marchande rĂ©aliste du fonds de commerce, reflĂ©tant sa position sur le marchĂ© au moment de l’expropriation.

 Ă€ noter

Lorsque le commerçant transfĂšre son activitĂ© Ă  la suite de l’expropriation et qu’il ne subit aucune perte de clientĂšle, l’indemnitĂ© peut ĂȘtre calculĂ©e sur la valeur du droit au bail.

Les indemnités accessoires ont pour but de compenser les préjudices né de la privation du bien immobilier, autre que la perte de sa valeur vénale.

Indemnité de remploi

L’indemnitĂ© de remploi a pour but de permettre au propriĂ©taire expropriĂ© de faire face aux frais qu’il devra engager pour utiliser l’indemnitĂ© principale reçue.

Cette indemnitĂ© vise ainsi Ă  couvrir les dĂ©penses nĂ©cessaires lors de l’acquisition d’un bien similaire Ă  celui perdu (recherches du bien, frais de notaire, droits d’enregistrement et, plus largement, tous les frais liĂ©s Ă  l’achat), pour un prix Ă©gal au montant de l’indemnitĂ© principale.

C’est pourquoi son montant est calculĂ© en proportion de l’indemnitĂ© principale. En pratique, le juge fixe cette indemnitĂ© dans une fourchette gĂ©nĂ©ralement comprise entre 15 % et 30 % de l’indemnitĂ© principale.

  À savoir

L'indemnitĂ© de remploi est due mĂȘme si le propriĂ©taire expropriĂ© ne procĂšde pas au rachat d’un bien de remplacement.

Il existe nĂ©anmoins 2 limites Ă  l’indemnitĂ© de remploi :

  • Elle n’est pas due lorsque le bien Ă©tait clairement destinĂ©s Ă  la vente, ou mis en vente par le propriĂ©taire exproprié au cours de la pĂ©riode de 6 mois avant la dĂ©claration d'utilitĂ© publique
  • Son montant doit tenir compte des Ă©ventuels avantages fiscaux dont l’expropriĂ© peut bĂ©nĂ©ficier lors d’un rachat de bien.

Autres indemnités accessoires

Les indemnitĂ©s accessoires ont pour but de rĂ©parer les prĂ©judices qui sont la consĂ©quence directe de l’expropriation.

Il peut s’agir, par exemple d’une :

  • IndemnitĂ© liĂ©e Ă  l’activitĂ© professionnelle : l’expropriation peut fragiliser ou perturber une entreprise entrainant une perte de cliente, une obligation de licenciement ou un perte de bĂ©nĂ©fices nets. Dans ce cas, l’expropriant peut proposer une indemnitĂ© correspondant au montant des indemnitĂ©s de licenciement ou une indemnitĂ© d’éviction.
  • IndemnitĂ© de dĂ©prĂ©ciation : lorsque l’expropriation porte sur une partie de la propriĂ©tĂ©, la partie non expropriĂ©e peut subir une diminution de valeur. Cette moins-value est indemnisable. C’est le cas, par exemple, si la surface restante devient trop petite pour y construire un logement ou de l’apparition de nouvelles contraintes (nuisances, proximitĂ© immĂ©diate d’une route Ă©largie).
  • IndemnitĂ© de perte de clĂŽture : si l’expropriation emporte la destruction d’une clĂŽture, d’un mur ou d’une sĂ©paration, le coĂ»t de reconstruction peut ĂȘtre indemnisĂ©.
  • IndemnitĂ© de dĂ©mĂ©nagement qui couvre les frais liĂ©s au changement de rĂ©sidence (habitation)
  • IndemnitĂ© pour perte de revenus locatifs : si l’expropriation entraĂźne le dĂ©part anticipĂ© (avant la fin du bail) des locataires ou rend le bien inutilisable en location, le propriĂ©taire peut ĂȘtre indemnisĂ© pour les loyers non perçus.

  À savoir

Lorsque l’expropriant n’a pas formulĂ© d’offre pour les indemnitĂ©s accessoires, l’expropriĂ© peut en solliciter directement le paiement devant le juge de l’expropriation du tribunal judiciaire situĂ© dans le dĂ©partement du lieu de l’expropriation. Il n’y a pas de formalitĂ© supplĂ©mentaire Ă  effectuer.