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Fiche pratique

Copropriété en difficulté : état de carence

Vérifié le 06/05/2026 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

L’état de carence est une procĂ©dure lourde qui vise les situations les plus graves des immeubles en copropriĂ©tĂ©, lorsque leur gestion ou leur situation financiĂšre ne permet plus d’assurer leur conservation, ni la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des occupants. Nous vous prĂ©sentons la rĂšglementation Ă  connaĂźtre.

Pour qu'une copropriĂ©tĂ© soit dĂ©clarĂ©e en Ă©tat de carence, le syndicat des copropriĂ©taires doit ĂȘtre dans l'incapacitĂ© d'assurer la conservation de l'immeuble ou la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des occupants.

  À savoir

Il s’agit d’une condition alternative : il suffit que l’incapacitĂ© touche la conservation de l’immeuble ou bien la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des occupants

Les causes de cette situation doivent rĂ©sulter de graves difficultĂ©s financiĂšres ou de gestion, combinĂ©es avec l’importance des travaux Ă  mettre en Ɠuvre.

L’apprĂ©ciation repose sur la proportionnalitĂ© entre :

  • L’ampleur des difficultĂ©s financiĂšres (endettement, impayĂ©s, trĂ©sorerie dĂ©faillante
) ou de gestion (mĂ©sentente, refus rĂ©itĂ©rĂ©s de voter les travaux, dysfonctionnements graves du syndic ou du syndicat)
  • Et l’importance des travaux nĂ©cessaires pour garantir la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des occupants.

Cette procédure est ainsi réservée aux copropriétés pour lesquelles les autres solutions (mesures préventives avec un mandataire ad hoc, administration provisoire, plan de sauvegarde etc.) apparaissent insuffisantes.

La procĂ©dure se dĂ©roule en plusieurs Ă©tapes de la saisine du juge au rendu de la dĂ©cision prononçant l’état de carence.

Saisine du président du tribunal judiciaire

En principe, la procĂ©dure d’état de carence est engagĂ©e Ă  l’initiative du maire de la commune oĂč est situĂ© l’immeuble ou du prĂ©sident de l'Ă©tablissement public de coopĂ©ration intercommunale (EPCI) compĂ©tent en matiĂšre d'habitat.

Avec leur accord, cette demande peut Ă©galement ĂȘtre prĂ©sentĂ©e par le prĂ©fet, le syndic, l’administrateur provisoire lorsqu'il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© ou par des copropriĂ©taires reprĂ©sentant 15 % au moins des voix du syndicat des copropriĂ©taires.

Dans tous les cas, la demande doit ĂȘtre prĂ©sentĂ©e devant le prĂ©sident du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble.

OĂč s’adresser ?

Ils saisissent le juge pour qu’il :

  • Constate la situation de l’immeuble (incapacitĂ© d’assurer conservation, sĂ©curitĂ© ou santĂ© des occupants)
  • Et tienne compte des graves difficultĂ©s financiĂšres ou de gestion et de l’importance des travaux Ă  mettre en Ɠuvre.

DĂ©signation d’un expert

Avant de se prononcer sur l’état de carence, le prĂ©sident du tribunal judiciaire dĂ©signe un ou plusieurs experts afin de rĂ©aliser une Ă©tude approfondie de la copropriĂ©tĂ©.

La mission d’expertise consiste à :

  • Constater l’importance du dĂ©sĂ©quilibre financier du syndicat des copropriĂ©taires
  • Établir la rĂ©partition des dettes par copropriĂ©taire
  • DĂ©crire la nature et l’état des parties communes
  • DĂ©terminer la nature et le coĂ»t des travaux Ă  mettre en Ɠuvre pour garantir la santĂ© et la sĂ©curitĂ© des occupants.

Elle permet ainsi de constater objectivement la situation financiÚre et matérielle de la copropriété.

Établissement du rapport d’expertise

Le ou les experts désignés doivent remettre au juge leur rapport dans un délai maximal de 3 mois, renouvelable 1 fois.

Ce rapport fait ainsi Ă©tat de l’ampleur du dĂ©sĂ©quilibre financier du syndicat des copropriĂ©taires, la rĂ©partition des dettes entre les copropriĂ©taires, ainsi que de l’état des parties communes. Il dĂ©termine Ă©galement la nature des travaux Ă  rĂ©aliser et en estiment le coĂ»t, afin de garantir la santĂ© et la sĂ©curitĂ© des occupants.

En annexe de son rapport, l'expert doit aussi signaler les dĂ©sordres dans les parties privatives affectant la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des personnes. L'absence de cette annexe ou son contenu ne peuvent pas ĂȘtre invoquĂ©s pour contester la validitĂ© de la procĂ©dure ou les conclusions de l'expertise.

 Attention :

L'existence des graves difficultés financiÚres ou de gestion est présumée établie lorsque les comptes du syndicat des copropriétaires (budget prévisionnel, charges, etc.) n'ont pas été communiqués à l'expert dans un délai de 2 mois à partir de la réception par le syndicat des copropriétaires d'une demande en ce sens.

Jugement prononçant l’état de carence

Au vu des conclusions de l’expertise et aprĂšs avoir entendu ou appelĂ© les parties, le prĂ©sident du tribunal judiciaire vĂ©rifie la rĂ©gularitĂ© de la saisine et la rĂ©alitĂ© des Ă©lĂ©ments factuels (difficultĂ©s financiĂšres, Ă©tat de l’immeuble, importance des travaux, risques pour la santĂ© et la sĂ©curitĂ©, incapacitĂ© de gestion).

Il dispose alors de 3 options :

  • DĂ©clarer irrecevable la demande (c’est le cas si la demande provient d’une personne qui n’a pas qualitĂ© Ă  agir ou si les rĂšgles de forme ou de procĂ©dure n’ont pas Ă©tĂ© respectĂ©es)
  • Rejeter la demande s’il considĂšre que les conditions de l’état de carence ne sont pas justifiĂ©es
  • Constater le bien-fondĂ© de la demande et dĂ©clarer l’état de carence du syndicat des copropriĂ©taires. Dans ce cas, le juge peut dĂ©signer un administrateur provisoire pour prĂ©parer la liquidation des dettes et assurer les interventions urgentes de mise en sĂ©curitĂ©.

Le jugement prononçant l’état de carence est :

  • NotifiĂ© au syndicat des copropriĂ©taires, aux copropriĂ©taires, l’administrateur provisoire (s’il en existe un), au maire de la commune et au prĂ©sident de l’EPCI
  • Et transmis au prĂ©fet.

Les conclusions de l’expertise sont communiquĂ©es avec la dĂ©cision du juge.

  À savoir

Si l'adresse d'un ou plusieurs destinataires n'est pas connue ou si ces personnes ne sont pas identifiables, la notification est faite par affichage à la mairie et sur la façade de l'immeuble.

Le syndicat des copropriĂ©taires ou le syndic peuvent contester le prononcĂ© de l’état de carence et la nomination Ă©ventuelle d’un administrateur provisoire dans un dĂ©lai de 2 mois Ă  compter de la notification du jugement.

La dĂ©claration de carence a pour effet de permettre de mettre en Ɠuvre une procĂ©dure d'expropriation qui se dĂ©roule en plusieurs Ă©tapes.

Projet simplifiĂ© d’acquisition publique

Lorsque le maire ou le prĂ©sident de l'EPCI ont saisi le juge, ils doivent prĂ©senter lors de la 1re assemblĂ©e dĂ©libĂ©rante (conseil municipal ou assemblĂ©e de l'EPCI) suivant le jugement un projet simplifiĂ© d'acquisition publique qui a l’un des objets suivants :

  • L’expropriation des parties communes de la copropriĂ©tĂ©. Cette situation entraine le transfert de propriĂ©tĂ© des parties communes appartenant au syndicat des copropriĂ©taires Ă  une personne publique ou un opĂ©rateur dĂ©signĂ©, dans un objectif d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Celles-ci deviennent des biens d'intĂ©rĂȘt collectif. La personne publique oĂč l’opĂ©rateur dĂ©signĂ© est alors chargĂ© de la gestion, de l’entretien et de la conservation des biens expropriĂ©s. Si le dĂ©sĂ©quilibre financier s'avĂšre trop important, l'expropriation totale de l'immeuble peut ĂȘtre demandĂ©e.
  • La rĂ©habilitation aux fins d'habitat (ou d'un autre usage). Il s’agit de travaux importants visant Ă  remettre l’immeuble en Ă©tat. Il peut s’agir, par exemple, de maintenir l’usage d’habitation en amĂ©liorant la salubritĂ©, la sĂ©curitĂ© et la performance du bĂątiment ou de transformer l’usage de l’immeuble (par exemple en locaux d’activitĂ©, Ă©quipements publics, etc.), lorsque l’habitat n’est plus adaptĂ©.
  • La dĂ©molition totale ou partielle de l'immeuble.

Ce projet doit comporter une évaluation sommaire (simplifiée) de son coût et un plan de relogement des occupants concernés. Il précise également la collectivité publique ou l'organisme au profit duquel est demandée l'expropriation.

Observations du public

Le projet d’acquisition publique approuvĂ© est ensuite mis Ă  la disposition du public pour qu’il le consulte.

Le public peut formuler des observations pendant une durĂ©e minimale d’1 mois, dans les conditions prĂ©cisĂ©es par arrĂȘtĂ© du maire ou du prĂ©sident de l'Ă©tablissement public de coopĂ©ration intercommunale.

Cette consultation permet d’informer les habitants et de recueillir leurs remarques avant la mise en oeuvre du projet.

ArrĂȘtĂ© du prĂ©fet et expropriation

Une fois l’état de carence dĂ©clarĂ©, l'expropriation, c'est-Ă -dire la saisie de l'immeuble, peut ĂȘtre dĂ©cidĂ©e au profit d’un des entitĂ©s suivantes :

  • Commune
  • EPCI compĂ©tent en matiĂšre d'habitat
  • OpĂ©rateur chargĂ© d'entretenir et de veiller Ă  la conservation des biens d'intĂ©rĂȘt collectif
  • Organisme ayant vocation Ă  assurer la gestion des parties communes expropriĂ©es
  • Concessionnaire d'une opĂ©ration d'amĂ©nagement
  • SociĂ©tĂ© de construction dans laquelle l’État dĂ©tient la majoritĂ© du capital.

Une fois la pĂ©riode de consultation du public passĂ©e, le prĂ©fet va examiner la dĂ©cision dĂ©clarant la carence, le projet simplifiĂ© d’acquisition publique, le projet de plan de relogement et les observation du public.

Il rend ensuite un arrĂȘtĂ© qui :

  • DĂ©clare l'utilitĂ© publique du projet d'acquisition et dĂ©termine la liste des immeubles ou partie d'immeubles, des parties communes, des parcelles ou des droits rĂ©els immobiliers Ă  exproprier et l'identitĂ© des propriĂ©taires de ces droits rĂ©els
  • DĂ©clare cessibles les immeubles ou parties d'immeubles, des parties communes, les parcelles ou les droits rĂ©els immobiliers
  • Indique la collectivitĂ© publique ou l'organisme au profit duquel est poursuivie l'expropriation
  • Fixe le montant de l'indemnitĂ© provisionnelle allouĂ©e au propriĂ©taire ou aux copropriĂ©taires et aux titulaires de baux commerciaux et professionnels
  • Fixe la date Ă  laquelle il pourra ĂȘtre pris possession des biens. Cette prise de possession a lieu au minimum 2 mois Ă  partir de la publication de l'arrĂȘtĂ© dĂ©clarant l'utilitĂ© publique du projet.

Cet arrĂȘtĂ© est publiĂ© au recueil des actes administratifs du dĂ©partement et affichĂ© Ă  la mairie du lieu de situation du bien.

L'expropriant notifie l'arrĂȘtĂ© aux propriĂ©taires et aux titulaires de droits rĂ©els immobiliers.

Dans le mois qui suit la prise de possession, l'expropriant doit poursuivre la procédure d'expropriation dans les conditions d'une expropriation pour cause d'utilité publique.

L'indemnitĂ© d'expropriation est aussi fixĂ©e dans les conditions d'une expropriation pour cause d'utilitĂ© publique. La valeur des biens est apprĂ©ciĂ©e en tenant compte du montant des travaux nĂ©cessaires Ă  la conservation de l'immeuble prĂ©vus dans le rapport d'expertise ou ceux prescrits pour les logements ayant notamment fait l'objet d'un arrĂȘtĂ© d'insalubritĂ©.