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Fiche pratique

Copropriété en difficulté : mesures préventives avec l'intervention d'un mandataire ad hoc

Vérifié le 16/04/2026 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

Lorsqu’une copropriĂ©tĂ© commence Ă  rencontrer des fragilitĂ©s financiĂšres, une procĂ©dure prĂ©ventive d’alerte doit ĂȘtre mise en place. Ce dispositif permet de supprimer les problĂšmes avant qu’ils ne deviennent trop coĂ»teux ou complexes. La procĂ©dure d’alerte repose ainsi sur une logique de prĂ©vention et d’accompagnement par un mandataire ad hoc. Nous faisons le point sur la rĂ©glementation.

Une copropriété est considérée en difficulté lorsque son fonctionnement est perturbé, notamment en raison de problÚmes financiers, techniques ou de gestion, au point de compromettre son équilibre et sa stabilité dans le temps.

En pratique, cela peut se traduire par une augmentation importante des impayĂ©s de charges de copropriĂ©tĂ© ou des difficultĂ©s de trĂ©sorerie empĂȘchant le paiement des factures (facture de fourniture d'eau, d'Ă©nergie ou de travaux, etc.).

La procĂ©dure d'alerte doit ĂȘtre dĂ©clenchĂ©e dans 2 cas.

  • La procĂ©dure d'alerte doit ĂȘtre lancĂ©e lorsque, Ă  la clĂŽture des comptes annuels, une part important des sommes dues par les copropriĂ©taires au titre du budget prĂ©visionnel et du fonds travaux reste impayĂ©e.

    Ce seuil d’impayĂ©s est fixĂ© à :

    • 25 % des sommes exigibles (dues) pour les copropriĂ©tĂ©s comprenant jusqu'Ă  200 lots de copropriĂ©tĂ©,
    • 15 % pour les copropriĂ©tĂ©s comprenant 201 lots et plus.

      À savoir

    Les sommes devenues exigibles dans le mois qui précÚde la date de clÎture de l'exercice ne sont pas considérées comme des impayées.

  • La procĂ©dure d'alerte doit aussi ĂȘtre lancĂ©e lorsque les copropriĂ©taires n’ont pas votĂ© l'approbation des comptes en assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale depuis au moins 2 ans.

Lorsque les seuils d’impayĂ©s de charges sont atteints ou en l’absence d’approbation des comptes depuis 2 ans, le syndic de la copropriĂ©tĂ© doit :

  • Informer immĂ©diatement le conseil syndical de la situation
  • Saisir sur requĂȘte le prĂ©sident du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble pour demander la dĂ©signation d’un mandataire ad hoc.

OĂč s’adresser ?

  À savoir

Le syndic n'a pas besoin d'obtenir l'autorisation des copropriétaires en assemblée générale pour saisir le tribunal.

En l'absence d'action du syndic, le prĂ©sident du tribunal judiciaire peut ĂȘtre saisi directement par l'une des personnes suivantes :

  • CopropriĂ©taires reprĂ©sentant au moins 15 % des voix du syndicat des copropriĂ©taires
  • PrĂ©sident du conseil syndical
  • CrĂ©ancier dont les factures de travaux, d'eau ou d'Ă©nergie, votĂ©es par l'assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale et exĂ©cutĂ©s, restent impayĂ©es depuis au moins 6 mois et aprĂšs un commandement de payer non respectĂ©
  • PrĂ©fet
  • Procureur de la RĂ©publique
  • PrĂ©sident de l'organe dĂ©libĂ©rant de l'EPCI compĂ©tent en matiĂšre d'habitat du lieu de situation de l'immeuble
  • Maire de la commune oĂč est situĂ© l'immeuble.

  À savoir

Lorsque la demande de dĂ©signation d’un mandataire ad hoc n’est pas prĂ©sentĂ©e par le syndic, la procĂ©dure applicable diffĂšre. Dans ce cas, le prĂ©sident du tribunal judiciaire n’est pas saisi par voie de requĂȘte, mais par une assignation, dans le cadre de la procĂ©dure accĂ©lĂ©rĂ©e au fond.

Dans tous les cas, la saisine du juge (par requĂȘte ou par assignation) doit ĂȘtre accompagnĂ©e des piĂšces justifiant la situation de la copropriĂ©tĂ© et la nĂ©cessitĂ© de faire intervenir un mandataires ad hoc (factures impayĂ©es, lettres de rappel, mises en demeure, Ă©changes de courriers divers...).

Le président du tribunal judiciaire peut également entendre toute personne de son choix avant de rendre sa décision.

Cette décision comprend :

  • La dĂ©signation du mandataire ad hoc (son nom). Le mandataire ad hoc est, en principe, un administrateur judiciaire. Exceptionnellement, le juge peut dĂ©signer une personne physique (un particulier) ou une personne morale justifiant d'une expĂ©rience ou d'une qualification particuliĂšre et remplissant notamment des conditions d'impartialitĂ© et d'indĂ©pendance.
  • Les missions du mandataire ad hoc
  • La rĂ©munĂ©ration du mandataire ad hoc.

Le mandataire ad hoc désigné doit avertir, sans délai, les copropriétaires par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre émargement.

  À savoir

Le mandataire ad hoc ne peut pas ĂȘtre dĂ©signĂ© syndic de la copropriĂ©tĂ© Ă  la fin de sa mission.

Le mandataire ad hoc a les missions suivantes :

  • Analyser la situation financiĂšre de la copropriĂ©tĂ© et l'Ă©tat de l'immeuble
  • Exposer des mesures pour rĂ©tablir l'Ă©quilibre financier et assurer la sĂ©curitĂ© de l'immeuble
  • Mener toute action de mĂ©diation et de nĂ©gociation entre les parties concernĂ©es (copropriĂ©taires, prestataires etc.).

Pour réaliser sa mission, le mandataire ad hoc peut se faire assister à ses frais et sur autorisation du juge, de tout tiers de son choix.

Par ailleurs, le syndic doit fournir au mandataire ad hoc l'ensemble des documents nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation de sa mission. La transmission de ces documents doit ĂȘtre faite dans les 15 jours suivant la notification de la dĂ©cision du juge au syndic.

Le mandataire ad hoc doit d'abord adresser un rapport de mission au président du tribunal judiciaire dans un délai de 3 mois, renouvelable une fois.

Ce rapport doit comporter les éléments suivants :

  • État des lieux de l'organisation juridique et fonciĂšre de la copropriĂ©tĂ©
  • Situation technique de l'immeuble (analyse des charges courantes, travaux et opĂ©rations exceptionnels et diagnostics)
  • Analyse du fonctionnement des instances de la copropriĂ©tĂ©, de l'ensemble des comptes (impayĂ©s, dettes et crĂ©ances non recouvrĂ©es, ...), contentieux en cours et contrats souscrits
  • PrĂ©conisations, calendrier des actions Ă  mettre en Ɠuvre par ordre de prioritĂ© et estimation sommaire des dĂ©penses et recettes envisagĂ©es dans le cadre de ces actions.

Ce rapport doit ensuite ĂȘtre transmis par le greffe du tribunal judiciaire au syndic, au conseil syndical, au maire de la commune oĂč se situe l'immeuble, au prĂ©fet et au prĂ©sident de l'organe dĂ©libĂ©rant de l'EPCI compĂ©tent en matiĂšre d'habitat du lieu de situation de l'immeuble.

  À savoir

Lorsque le mandataire ad hoc constate que le copropriĂ©tĂ© rencontre d'importantes difficultĂ©s financiĂšres ou de gestion, il doit saisir le juge pour qu'il dĂ©signe un administrateur provisoire pour Ă©viter de retarder la mise en Ɠuvre des mesures remĂ©diant aux difficultĂ©s.

Le syndic de la copropriĂ©tĂ© doit respecter plusieurs obligations dans le cas d’une copropriĂ©tĂ© qui rencontre des difficultĂ©s financiĂšres.

Il doit :

  • DĂšs que les conditions sont rĂ©unies (seuil d’impayĂ©s atteint Ă  la clĂŽture des comptes ou absence d’approbation des comptes pendant au moins 2 ans), dĂ©clencher la procĂ©dure d’alerte en saisissant le tribunal compĂ©tent pour faire dĂ©signer un mandataire ad hoc
  • Informer le conseil syndical de la nĂ©cessitĂ© de recourir Ă  la procĂ©dure d’alerte
  • Fournir au mandataire ad hoc tous les documents nĂ©cessaires Ă  l’accomplissement de sa mission
  • Informer chaque copropriĂ©taire de la possibilitĂ© de consulter le rapport de mission du mandataire ad hoc
  • Adresser une copie de tout ou partie du rapport aux copropriĂ©taires qui en font la demande, à leurs frais
  • Inscrire Ă  l'ordre du jour de la prochaine assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des copropriĂ©taires les projets de rĂ©solution nĂ©cessaires Ă  la mise en Ɠuvre du rapport du mandataire ad hoc. Cette assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale doit se tenir dans les 6 mois suivant la remise du rapport si aucune mesure d'urgence n'est recommandĂ©e ou dans les 3 mois suivant la remise du rapport si des mesures d'urgence sont recommandĂ©es. Le syndic doit convoquer une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale spĂ©ciale si aucune assemblĂ©e n'est dĂ©jĂ  prĂ©vue dans le dĂ©lai (6 ou 3 mois).

 Ă€ noter

Le procĂšs-verbal de l'assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale qui s'est tenue doit par la suite ĂȘtre notifiĂ© par le syndic dans les 6 mois suivants la remise du rapport aux personnes suivantes :

Le juge décide livrement qui supporte les frais (syndicat, syndic, créancier, autres demandeurs) et dans quelles proportions. Le président du tribunal judiciaire peut ainsi mettre à la charge du syndic ou des créanciers tout ou partie des frais, selon leur comportement et leur rÎle dans la dégradation de la situation de la copropriété.

Dans tous les cas, il doit motiver sa décision.