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Fiche pratique

Rétrocession du bien préempté (logement, terrain...)

Vérifié le 02/03/2026 - Service Public / Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)

Le droit de rĂ©trocession permet Ă  l’ancien propriĂ©taire d’un bien prĂ©emptĂ© par la commune de bĂ©nĂ©ficier d’une prioritĂ© pour le racheter, sous certaines conditions. Nous vous prĂ©sentons les informations Ă  connaĂźtre.

Le droit de rĂ©trocession permet Ă  l’ancien propriĂ©taire d’un bien prĂ©emptĂ© par la collectivitĂ© (ou Ă  ses hĂ©ritiers) d’ĂȘtre prioritaire pour le racheter, lorsque la commune ne respecte pas certaines conditions d’utilisation du bien ou certaines obligations.

Ce droit existe pour protéger les propriétaires.

En effet, le droit de prĂ©emption permet Ă  la collectivitĂ© d’acheter un bien Ă  la place de l’acquĂ©reur initial, ce qui constitue une exception au principe de libertĂ© de vendre Ă  la personne de son choix.

Le droit de rĂ©trocession garantit que la collectivitĂ© ne puisse pas utiliser ce pouvoir de maniĂšre abusive ou dĂ©tourner le bien de l’objectif d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral qui avait motivĂ© la prĂ©emption.

Les bĂ©nĂ©ficiaires du droit de rĂ©trocession d’un bien prĂ©emptĂ© sont, par ordre de priorité :

  • L’ancien propriĂ©taire du bien prĂ©emptĂ©. Il s’agit de la personne qui a cĂ©dĂ© le bien Ă  la collectivitĂ© Ă  la suite de la dĂ©cision de prĂ©emption.
  • Les ayants cause universel (hĂ©ritiers ou lĂ©gataire Ă  titre universel)
  • L’acquĂ©reur Ă©vincĂ©. C’est la personne dont le projet d’achat a Ă©tĂ© empĂȘchĂ© par la dĂ©cision de prĂ©emption. Elle ne bĂ©nĂ©ficie du droit de rĂ©trocession qu’à titre subsidiaire, c’est‑à‑dire seulement si l’ancien propriĂ©taire (ou ses ayants cause) a renoncĂ© expressĂ©ment ou tacitement au rachat et Ă  la condition que son identitĂ© ait Ă©té mentionnĂ©e dans la dĂ©claration d’intention d’aliĂ©ner.

Plusieurs hypothĂšses ouvrent un droit de rĂ©trocession au profit de l’ancien propriĂ©taire lorsque la commune a exercĂ© un droit de prĂ©emption.

Il s’agit principalement des cas suivants :

  • Utilisation non conforme du bien prĂ©emptĂ©. Si la commune souhaite utiliser ou revendre un bien qu’elle a prĂ©emptĂ© depuis moins de 5 ans pour un autre projet que celui initialement prĂ©vu dans la dĂ©cision de prĂ©emption ou autorisĂ© par la loi
  • Bien illĂ©galement prĂ©emptĂ©. C’est le cas lorsque la dĂ©cision de prĂ©emption est annulĂ©e ou dĂ©clarĂ©e illĂ©gale par la juridiction administrative.

  À savoir

Le droit de rĂ©trocession ne s’applique pas en l’absence de paiement ou de consignation du prix dans lles dĂ©lais convenus. Dans cette hypothĂšse, le transfert de propriĂ©tĂ© n’ayant pas eu lieu, le propriĂ©taire peut vendre son bien librement Ă  l’acquĂ©reur de son choix.

Les rÚgles varient selon la situation :

  • Si la mairie dĂ©cide d'utiliser le bien acquis pour une autre raison que celle mentionnĂ©e dans la dĂ©cision de prĂ©emption ou autorisĂ© par la loi, elle doit informer les anciens propriĂ©taires ou leurs hĂ©ritiers de sa dĂ©cision et leur proposer l'acquisition de ce bien en prioritĂ©.

    L’offre doit obligatoirement indiquer le prix et les caractĂ©ristiques de la rĂ©trocession. Elle est notifiĂ©e par lettre recommandĂ©e avec accusĂ© de rĂ©ception.

    L’ancien propriĂ©taire ou ses hĂ©ritiers ont un dĂ©lai de 2 mois Ă  compter de l’avis de rĂ©ception, pour y rĂ©pondre. Il peut soit :

    • Accepter le rachat au prix proposĂ©
    • Renoncer au rachat (le silence pendant 2 mois vaut renonciation)
    • Demander la rĂ©trocession Ă  un autre prix. En l’absence d’accord, le prix sera fixĂ© par le juge de l’expropriation du lieu de situation du bien. Le tribunal peut ĂȘtre saisi par la commune ou par l’ancien propriĂ©taire. Il est recommandĂ© d’ĂȘtre accompagnĂ© par un avocat pour cette procĂ©dure.

    OĂč s’adresser ?

  • Lorsque la dĂ©cision de prĂ©emption est annulĂ©e ou dĂ©clarĂ©e illĂ©gale, la collectivitĂ© doit proposer l’acquisition du bien en prioritĂ© Ă  l’ancien propriĂ©taire ou Ă  ses hĂ©ritiers. En cas de renonciation expresse ou tacite de ces derniers, l’offre doit ĂȘtre faite Ă  l’acquĂ©reur Ă©vincĂ©, Ă  condition que son nom ait Ă©tĂ© mentionnĂ© dans la dĂ©claration d’intention d’aliĂ©ner.

    Le prix de rachat doit permettre de replacer les parties dans la situation oĂč elles se seraient trouvĂ©es si la prĂ©emption n’avait pas eu lieu, sans que l’une d’elles en tire un avantage excessif.

    Si les parties s’accordent sur le prix, la vente est conclue.

    En cas de dĂ©saccord sur le prix, celui-ci est fixĂ© par le juge de l’expropriation, saisi par la commune. L’ancien propriĂ©taire ou ses hĂ©ritiers ont alors un dĂ©lai de 3 mois Ă  partir de la notification de la dĂ©cision dĂ©finitive pour accepter le prix de vente fixĂ© par le tribunal. En l’absence de rĂ©ponse dans ce dĂ©lai, le rachat est considĂ©rĂ© comme refusĂ©.

Lorsque la commune ne respecte pas son obligation de proposer en prioritĂ© le bien Ă  l’ancien propriĂ©taire ou Ă  l’acquĂ©reur Ă©vincĂ©, il est possible de faire un recours auprĂšs du tribunal pour rĂ©clamer des dommages et intĂ©rĂȘts.

En pratique, l’ancien propriĂ©taire pourra obtenir la rĂ©paration pour :

  • La perte de jouissance du bien
  • La perte de plus-value qu’il aurait pu rĂ©aliser si le bien avait Ă©tĂ© correctement rĂ©trocĂ©dĂ© ou si la revente avait Ă©tĂ© faite Ă  son profit.

Ce recours doit ĂȘtre fait dans un dĂ©lai de 5 ans aprĂšs l'acquisition du bien par la mairie. Il est recommandĂ© de se faire accompagner par un avocat pour cette procĂ©dure.